Programme Xi’an – 3 jours

Du 22 au 24 juillet 2024

Dès notre arrivée à Xi’an, on comprend rapidement que la ville ne se visite pas comme les autres. Ici, l’histoire n’est pas enfermée dans des musées : elle est partout. Dans les remparts qui encerclent la vieille ville, dans les ruelles du quartier musulman, dans les tours ancestrales qui marquent encore le rythme de la cité.

Ancienne capitale impériale pendant plus de mille ans, Xi’an fut le point de départ de la mythique Route de la Soie. Aujourd’hui encore, cette position de carrefour culturel se ressent dans l’atmosphère de la ville, où traditions chinoises et influences venues d’Asie centrale se mêlent.

Notre itinéraire de 3 jours à Xi’an nous a permis de découvrir l’essentiel de la ville sans courir, en alternant sites historiques, et balades urbaines.. Deux à trois jours suffisent pour visiter cette ville. Encore une fois, ce n’est pas un coup de coeur.

Xi’an : que voir et que faire ?


Xi’an – Jour 1 :

Depuis la fenêtre, les paysages défilent. Xi’an signifie «la paix occidentale » et incarne l’un des berceaux de la civilisation chinoise. Ancienne capitale impériale pendant plus de mille ans, la ville est aujourd’hui classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1997. Elle concentre une densité de trésors historiques, révélés pour beaucoup à partir de la fin des années 1970, notamment avec la découverte de l’armée de terre cuite de l’empereur Qin.

Avec plus de 8 millions d’habitants, Xi’an est une grande ville moderne, mais profondément ancrée dans son passé. À la sortie du train, un jeune homme se précipite vers nous. Aucun doute : c’est Léon. Élève d’une amie de Gérard, l’oncle d’Hugo, il nous accueille avec un grand sourire. Son français est très bon. Son prénom chinois, nous l’apprendrons plus tard, fait référence à une monnaie ancienne.

Sur le chemin de l’hôtel, Léon nous parle de son quotidien. Il étudie le français, mais les débouchés sont loin de ceux que l’on imagine en Europe. Peu d’opportunités en France, encore moins dans le tourisme. Beaucoup de diplômés partent aujourd’hui travailler en Afrique, où les entreprises chinoises sont très présentes. Pourtant, même là-bas, les salaires ont chuté drastiquement ces dernières années. Nous lui parlons de notre projet de voyage d’un an. Il est stupéfait. En Chine, prendre de longs congés est quasiment impossible sans perdre son emploi. L’absence de sécurité sociale et de chômage rend ce choix impensable pour la majorité des jeunes. Le risque est trop grand.

Après une rapide halte à l’hôtel – une grande tour sans charme – nous partons découvrir la ville ensemble. Visiter Xi’an avec un local change tout. Nous pouvons poser toutes les questions qui nous traversent l’esprit, sans filtre. Nous arpentons d’abord de petites ruelles bordées d’artisans calligraphes, pinceau à la main, concentrés sur leurs caractères. Puis direction les remparts. Construits au XIVᵉ siècle sous le règne de Zhu Yuanzhang, fondateur de la dynastie Ming, ils forment une frontière claire entre la vieille ville et la ville moderne. Leur ampleur impressionne : près de 14 kilomètres de long, jusqu’à 18 mètres de large à la base. Une véritable ceinture de pierre autour de Xi’an.

Nous poursuivons vers la Bell Tower, construite en 1384, autrefois centre géographique de la cité. À quelques centaines de mètres, la Drum Tower lui fait écho, rappelant l’organisation traditionnelle des villes chinoises, où le temps rythmait la vie collective.

Les discussions avec Léon deviennent plus personnelles. Il nous parle de sa génération, plutôt favorable à Xi Jinping malgré les restrictions de libertés : contrôle d’Internet, censure, surveillance. Pour beaucoup de jeunes, le gouvernement incarne la stabilité, la sécurité intérieure et le retour de la grandeur chinoise sur la scène internationale. Léon lui-même a reçu des messages de « l’administrateur » après s’être rendu sur Twitter. Le message est clair : préserver les secrets du territoire. Autre anecdote qui nous fait sourire : Léon déteste le soleil. Il porte des manches longues pour s’en protéger, mais refuse la crème solaire, qu’il considère comme « réservée aux filles ».

Après 16 kilomètres de marche, la fatigue se fait sentir. Nous terminons la journée dans le quartier musulman, héritage direct de la route de la soie, lorsque Xi’an en marquait l’extrémité orientale. Les descendants de marchands arabes et persans y vivent encore aujourd’hui. L’ambiance est méga chouette. Odeurs de grillades, stands de nourriture à perte de vue, effervescence. Nous disons au revoir à Léon et choisissons un restaurant au hasard. Au menu : burgers chinois au bœuf effiloché, pâtes aux piments et œuf mollet, dim sum au bœuf, jus de citron. Simple, généreux, délicieux.

Retour en tuk-tuk. Épuisés, mais heureux.
Demain : l’armée de terre cuite.


Infos pratiques

Arrivée à Xi’an

Train Pingyao → Xi’an

Gare d’arrivée
Remparts de Xi’an
Bell Tower (Tour de la Cloche)
Drum Tower (Tour du Tambour)
Quartier musulman

Xi’an – Jour 2 : Armée de terre cuite

Réveil à 7h. Une heure encore floue, mais aujourd’hui, impossible de traîner : Léon nous attend à 8h devant l’hôtel. Heureusement, juste à côté, un petit stand vend du café à prix dérisoire. Yeaaaah. En Chine, le café est rare, parfois cher, mais toujours salvateur quand le réveil pique.

Sur le trajet, les discussions s’enchaînent naturellement. Politique française (Mélenchon, Macron), féminisme, Jeux Olympiques, droits sociaux, LGBT, religion… Léon est curieux, ouvert, réfléchi. Il nous raconte sa vie, et là, le choc culturel est dingue. Ses parents sont professeurs de chinois, et très stricts. À 23 ans, il doit se lever à 7h pour prendre le petit-déjeuner avec eux. Impossible de dormir plus tard. Impossible aussi de se coucher après 22h. Une lumière allumée dans sa chambre ? Il se fait gronder. Cette discipline familiale nous paraît vraiment irréelle. Pour lui, c’est normal. La liberté individuelle, ici, commence bien plus tard… quand elle commence.

Après environ une heure de métro, nous arrivons sur l’un des sites les plus importants de Chine : le mausolée du premier empereur, Qin Shi Huang.

Qin Shi Huang (-259 à -210 av. J.-C.) est une figure centrale de l’histoire chinoise. Il est le premier à unifier la Chine, à centraliser le pouvoir, à standardiser l’écriture, les poids, les mesures, la monnaie et les lois. Il lance également les premières constructions de ce qui deviendra la Grande Muraille de Chine. Mais ce bâtisseur est aussi un tyran. Il fait brûler des livres, persécute les intellectuels, impose un pouvoir absolu. Sa vision de l’au-delà est à l’image de son règne : gigantesque, contrôlée, immortelle.

Son tombeau se situe à environ 1,5 km de l’armée de terre cuite. À eux deux, ils forment un complexe funéraire de 51 km², probablement le plus vaste mausolée jamais construit. Le chantier aurait mobilisé près de 700 000 ouvriers venus de toute la Chine. Une véritable cité souterraine, composée de palais, de trésors, de statues en or et en argent. Selon la légende, les artisans auraient été emmurés vivants afin de préserver les secrets du tombeau.

L’armée de terre cuite, elle, fut découverte par hasard en 1974. Des paysans cherchaient à creuser un puits dans un verger de plaqueminiers et de grenadiers lorsqu’une pelle heurta une tête humaine. Une tête en terre cuite. Les autorités sont alertées. Les fouilles révèlent alors l’impensable. Sous terre reposaient des milliers de soldats grandeur nature, façonnés à la main, accompagnés de chevaux, de chars et d’armes en bronze. Chaque visage est unique, chaque expression différente. Une armée entière, figée dans le temps, destinée à accompagner l’empereur dans l’au-delà. On estime qu’à l’origine, le site comptait environ :

  • 8 000 soldats
  • 670 chevaux
  • 130 chars

Aujourd’hui, seules quatre fosses ont été fouillées :

  • La fosse 1, immense, abrite l’infanterie
  • La fosse 2 contient archers, cavalerie, chars et infanterie
  • La fosse 3 est celle des officiers supérieurs
  • La fosse 4 est vide, probablement inachevée à la mort de l’empereur

La visite est touchantes certes… mais (beaucoup trop!) éprouvante. La foule est omniprésente, les bousculades fréquentes. Il faut se battre pour trouver un angle, un instant de calme, une statue à observer sans être poussé.

Après la visite, direction le Mont Li. Ici, tout est payant. Même l’accès à la nature. Léon lâche une phrase qui résume parfaitement la situation : « En Chine, on doit payer pour la nature et pour nos propres souvenirs. » Le communisme, selon lui, n’est qu’une façade. En réalité, tout appartient à l’État. Les prix sont élevés, la météo incertaine. Nous faisons demi-tour. Le voyage est long, il faut apprendre à choisir. Économiser aujourd’hui, c’est voyager plus loin demain (enfin on l’espère!).

Nous rentrons vers le quartier musulman. La Grande Mosquée est l’une des plus anciennes de Chine. Son architecture est unique : pas de dômes ni de minarets visibles, mais une succession de cours, de pavillons et de jardins, mêlant harmonieusement styles chinois et islamique. Les calligraphies coraniques remplacent les statues. Le lieu est paisible.

En fin de journée, nous flânons dans le souk. Par miracle, nous trouvons un bar servant de la bière. Joie immédiate… vite suivie d’un calcul budgétaire brutal. La Chine coûte plus cher que prévu. Il va falloir serrer les dents. Ce soir, ce sera pâtes chinoises dans la chambre. Oups.

Infos pratiques

Armée de terre cuite & mausolée de Qin Shi Huang
Grande Mosquée de Xi’an

Xi’an – Jour 3 :

Aujourd’hui, nous avons décidé de lever le pied. Depuis notre arrivée en Chine, les journées s’enchaînent à un rythme soutenu, entre visites, transports et… on en peut plus! Cette fois, pas de réveil ni de programme. La matinée est consacrée à bouquiner, trier les photos, planifier les prochaines étapes du voyage. Nous quittons l’hôtel vers 13h30, après un café, direction la Petite Pagode de l’Oie sauvage. À notre grande surprise, l’entrée est gratuite. En Chine, c’est suffisamment rare pour être souligné. C’est même la première fois depuis notre arrivée qu’un site culturel ne nous demande pas de sortir le portefeuille.

Le jardin qui entoure la pagode est paisible. Des familles se promènent, des enfants jouent, quelques personnes âgées discutent à l’ombre des arbres. Une cloche résonne doucement. Des enfants s’amusent à la faire sonner. Hugo, grand enfant assumé, s’approche à son tour… avant d’être stoppé net par une femme : 10 yuans pour trois coups de gong. On s’en doutait un peu. La Petite Pagode fut construite entre 707 et 709, sous la dynastie Tang. Haute de 43 mètres, entièrement en pierre, elle est intimement liée au moine bouddhiste Yi Jing, chargé de traduire des textes sacrés venus d’Inde, à la demande de l’empereur Zhongzong. En échange, il obtint ce lieu pour travailler et conserver statues et écritures bouddhistes. Au fil des siècles, la pagode a subi de nombreux séismes. Le plus violent, en 1556, provoqua l’effondrement de ses deux étages supérieurs. Elle ne compte aujourd’hui plus que 13 étages, et sert désormais de galerie historique. Plus de 130 000 reliques y sont conservées : sceaux, objets en jade, porcelaines, statues bouddhistes et calligraphies extrêmement rares.

Nous reprenons ensuite le métro pour rejoindre Léon, afin de visiter la Grande Pagode de l’Oie sauvage. À notre arrivée, surprise : le spectacle de sons et lumières que nous avions prévu de voir le soir a déjà commencé. Chants patriotiques, jets d’eau dessinant des figures géométriques, applaudissements nourris et quelques éclaboussures imprévues. Une scène caricaturale à la chinoise, à la gloire du pays.

Une fois le spectacle terminé, nous entrons sur le site (cette fois, payant). La Grande Pagode de l’Oie sauvage, construite en 652, sous la dynastie Tang, est associée au célèbre moine Xuanzang. De retour de ses voyages en Inde, il souhaitait un lieu pour conserver sutras, reliques et objets sacrés rapportés de ses périples. L’empereur Gaozong accepta la construction du temple, en hommage à sa mère. Comme beaucoup de monuments chinois, la pagode a été reconstruite, modifiée, agrandie. Effondrée, restaurée, amputée de plusieurs étages lors de séismes successifs, elle culmine aujourd’hui à 7 étages. Elle reste néanmoins l’un des symboles majeurs de Xi’an.

Sur le site, la discussion dérive vers le rapport à l’alcool. Léon nous explique qu’il n’a pas eu le droit de boire de bière avant ses 20 ans, et qu’encore aujourd’hui, sa consommation est quasi inexistante. Quand nous lui racontons qu’en France, les adolescents goûtent parfois le vin ou le champagne dans le verre des parents, il est littéralement sidéré (oups).

En fin d’après-midi, direction le quartier de Beilin, recommandé par Léon comme plus agréable que le quartier musulman. Bof, il s’agit surtout d’une rue commerçante récente, aux boutiques sans grand charme. Pourtant, de gigantesques statues de poètes et de guerriers chinois attirent notre attention. Monumentales, figées, presque solennelles. Une ambiance qui évoque davantage l’URSS que la Chine impériale. Pour la soirée, Léon nous emmène dans Sajinqiao, son quartier favori. L’ambiance est similaire au quartier musulman, mais plus brute, plus locale. Des centaines de stands de street food envahissent les rues : pieds d’agneau rôtis, tripes farcies (que nous évitons), dumplings, brochettes, nouilles de toutes sortes, chaussons fourrés, jus frais… Tout le monde mange assis sur de petites tables posées à même le trottoir.

Passage obligé par les toilettes publiques pour se laver les mains. Hugo entre chez les hommes et tombe nez à nez avec un Chinois en pleine commission, porte ouverte, bloquant l’accès aux lavabos, sans aucune gêne apparente. Une scène déroutante pour nous haha; mais ici, parfaitement normale.

Nous dégustons des raviolis grillés, un burger chinois, des nouilles, puis une glace au yaourt. À peine nos assiettes terminées, les serveuses installent d’autres clients à notre table. Sur le chemin du retour, de petits concerts de rue ponctuent la balade. Des passants s’arrêtent, écoutent, applaudissent. Un contraste étrange se dégage de cette ville : entre une surveillance omniprésente, une forte discipline sociale, et pourtant cette capacité à vivre dehors, à occuper l’espace public, à profiter de l’instant.

Infos pratiques

Petite Pagode de l’Oie sauvage (Small Wild Goose Pagoda)
Grande Pagode de l’Oie sauvage (Giant Wild Goose Pagoda)

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