Programme – 03 jours -Thanjavur

Du 15 au 17 octobre 2024

Thanjavur est une étape marquante dans le Tamil Nadu qui nous a marqué. Située dans l’intérieur des terres, cette ancienne capitale de l’empire Chola est aujourd’hui surtout connue pour son patrimoine historique et religieux. Ici, on découvre une Inde plus traditionnelle, plus ancrée dans son histoire.

On découvre la ville en se dirigeant naturellement vers le Brihadeeswarar Temple, véritable cœur de Thanjavur. L’espace est immense, entièrement construit en pierre. La tour principale domine toute la ville et donne immédiatement une impression de grandeur. On prend le temps de se balader dans la cour, d’observer les sculptures, les détails, et surtout la vie qui s’y déroule. Fidèles, familles, visiteurs… le temple est un lieu vivant.

Autour, la ville s’organise de manière plus dense. Les rues sont animées, avec beaucoup de circulation. Marchés, échoppes, petits restaurants… tout se mélange. Et surtout, 0 touriste!

Un peu plus loin, le Thanjavur Maratha Palace permet d’explorer une autre facette de la ville. Le lieu est plus calme, avec ses bâtiments anciens, ses musées et sa grande tour. On y découvre l’histoire plus récente de Thanjavur, après la période Chola.

Bref, une étape hors des sentiers battus.


Que faire à Thanjavur ?


Jour 01 :

Ancienne ville royale des Chola, des Nayak et des Mahratta, Thanjavur tire son nom de Tanjan, un géant qui selon la légende locale, a dévasté le voisinage et a été tué par Sri Anandavalli Amman et Vishnu. La dernière volonté de Tanjan qui désirait que la ville porte son nom, lui a été accordée.

Sous le règne de Rajaraja Cholan, la ville atteint son apogée et devient un haut lieu artistique. Aujourd’hui encore, Thanjavur est considérée comme un centre majeur des arts classiques indiens. Elle a vu naître de nombreux musiciens et danseurs de bharatanatyam, et perpétue un savoir-faire unique : sculptures en bronze d’une finesse exceptionnelle, peintures traditionnelles de Tanjore aux feuilles d’or, et instruments emblématiques comme le thavil.

Mais ce qui marque immédiatement, au-delà du patrimoine, c’est l’atmosphère :car c’est vraiment une ville authentique. Les habitants y sont chaleureux, curieux, et toujours souriants.

En route vers le palais Maratha, nous nous perdons volontairement dans les ruelles. C’est là qu’un petit temple attire notre regard. Discret, fréquenté uniquement par des locaux. À notre grande surprise, une femme nous invite à participer à un rituel. Nous nous retrouvons face à un prêtre tenant une coupelle en laiton, une flamme vacillante et de la poudre sacrée. Il présente la coupelle devant Ganesh en faisant des mouvements de haut en bas et en récitant une incantation. Puis, nous devons mettre les mains au-dessus de la flamme, les porter à nos fronts et apposer de la poudre sur notre front. Il faut également faire une offrande (fruits, objets religieux ou argent). Nous nous exécutons sans tout comprendre mais en étant heureux de partager ce beau moment.

En sortant du temple, nous continuons à longer la rue et tombons sur l’école des filles de Thanjavur. L’établissement jouxte le Palace. Dans la cour, des arbres contenant des centaines de chauves souris. Cela nous rappelle le Sri Lanka. Un peu plus loin, des élèves en uniforme s’entraînent à faire du saut de perche avec des équipements en bois très sommaire. Le professeur semble amusé de notre présence et elles aussi. Les rires fusent et les « coucou » aussi. Nous décidons de ne pas trop nous attarder afin de ne pas les perturber.

Après quelques mètres de marche, nous arrivons enfin au Palace. En face de celui-ci, une boutique immense propose une multitude d’objets en bois, bronze et autres décorations antiques. Nous prenons le temps d’y jeter un oeil avant la fameuse visite.

Le palais de Thanjavur ou Maratha Palace a été construit à l’origine par les Nayaks. Après la chute du royaume, il servit de résidence officielle aux Marathes de la dynastie Bhonsle. Lorsque la majeure partie du royaume Marathe fut annexée par l’empire britannique en 1799, les Marathes gardèrent le palais et le fort environnant. C’est encore de nos jours la résidence officielle de la famille Bhonsle. Le complexe du palais abrite une galerie d’art et plusieurs musées. Nous commençons par visiter la galerie avec de multiples sculptures en bronze de l’ère Chola. Les détails et la finesse du travail dans les vêtements et chevelures sont incroyables. On observe un grand patio autour duquel s’organisent les salles d’apparat qui aujourd’hui en galeries de sculptures. Nous arrivons ensuite dans une grande salle renfermant des bibelots, tableaux et autres objets personnels ayant appartenu au raja Serfoji.

Puis, nous assistons à une petite projection d’un film, très kitsch, il faut l’avouer, sur l’histoire de la ville de Thanjavur, et les attractions touristiques de la ville. Le tout en anglais pour le plus grand bonheur de Joo. En sortant nous souhaitons visiter la librairie mais elle est fermée. Nous devons donc patienter une bonne trentaine de minutes, le temps de sa réouverture. Nous en profitons pour planifier notre prochaine étape à Kodaikanal car le plus gros problème de l’Inde reste la difficulté des transports. Aucun bus direct n’existe, il faut donc enchaîner tuktuk, bus locaux. Une autre solution : la voiture privée. Même si c’est cher, nous cédons. Finalement, les trente minutes passent très vite. Nous accédons à la une sorte de bibliothèque renfermant 30 000 manuscrits sur feuille de palmier ou papier issues de la bibliothèque du Raja Serfoji.

Nous avons même le droit de visiter une zone en rénovation. Le Maratha Darbar Hall, qui est une grande cour entourée de galerie avec la salle du trône du Raja Serfoji. Malheureusement nous ne voyons pas grand-chose.

En sortant, nous cherchons à organiser notre prochaine étape : Kodaikanal. Rapidement, la réalité indienne nous rattrape, pas de bus direct, des correspondances complexes. Nous finissons par opter pour une voiture privée, plus simple malgré le coût. Sur le chemin, nous traversons un marché de légumes.

L’odeur, l’ambiance et les multiples stands colorés nous en mettent plein les yeux. Un groupe d’hommes arrête Hugo et demande une séance selfie avec nous. C’est drôle.

Nous continuons à pied dans les rues animées : vaches allongées en plein milieu de la route, scooters zigzaguant, chiens errants, échoppes en tous genres… Les rues sont sales, mais tout est coloré. Nous essayons de demander des cartes sims locales mais impossible. Apparemment, lorsque nous sommes étrangers, il faut énormément de papiers pour prouver que nous ne sommes pas terroristes. Bon, on essaiera plus tard…

Après cette jolie promenade, nous atteignons le temple de Thanjavur. Anciennement appelé temple Peruvudaiyar, le temple Brihadeeswara consacré à Shiva est un chef d’oeuvre de l’architecture Chola.

Il fait partie des grands temples vivant de la période Chola. Inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1987. Il a été entièrement bâti en roche de granit sous le règne de Rajaraja Ier au Xe siècle. Il trône au milieu, d’imposantes fortifications protégées par des douves. Le vimana, la tour du sanctuaire (plus haute que le gopuram, ce qui est rare en Inde du sud), mesure plus de 65 mètres. C’est le plus haut vimana du sud de l’Inde. Les murs extérieurs présentent des sculptures de Krishna, de Narasimha et d’autres déitees. Des fresques du sol au plafond chola ont été découvertes en 1931 sur les murs du sanctuaire.

Très vite, notre présence attire l’attention. Quelques photos… puis beaucoup… puis énormément. Un groupe en tenue traditionnelle nous embarque dans une véritable séance photo improvisée : photos de groupe, individuelles, avec les femmes, les enfants…

Impossible de refuser. Les femmes nous prennent par le bras, nous attrapent par le menton, nous positionnent et c’est parti pour une demi heure de photo. Le moment est intense, très drôle et surtout on ne peut plus humain.

Après cette partie de rire, le temple contenant la sculpture de Shiva, ouvre ses portes. Les indiens font tous la queue pour l’apercevoir et pratiquer un rituel religieux. Nous ne pouvons pas y accéder car l’attente est longue. Ce n’est pas grave car la scène est déjà incroyable à observer.

Après cette journée, nous partons à la recherche d’un bar. Mission compliquée… mais nous finissons par trouver un petit bar dans un endroit assez glauque. Tout est noir, quelques néons éclairent la pièce. Nous commandons des bières King Fisher.

Nous retournons ensuite au temple, cette fois illuminé. L’atmosphère est totalement différente. Un groupe d’étudiants nous rejoint, et très vite, l’ambiance devient festive : photos, chants, vidéos… jusqu’à ce que leur professeur intervienne. Fou rire général.

Pour le repas, direction un restaurant spécialisé dans la viande grillée. Nous dégustons : tandoori tikka chicken, de la viande grillée, gobi mutter nassala, un mixte de currys de légumes et des Naans. Un vrai délice. Nous rentrons à l’hôtel, épuisés mais comblés.


Infos pratiques :

École locale
Thanjavur Maratha Palace
Marché local
Brihadeeswara Temple

Jour 02 :

Nous nous réveillons vers 9h, encore un peu fatigués de la veille. Aujourd’hui, changement de programme. Hugo décide de rester à l’hôtel pour se reposer, fatigue accumulée. De l’autre côté, impossible de rester en place. Ce sera donc une journée entre filles direction Tiruchirappalli (Trichy).

Nous commençons la journée dans un restaurant végétarien. Au menu : jus frais, boissons chaudes et surtout des dosai (des délicieuses galettes croustillantes, garnies de légumes et accompagnées de différentes sauces). Miam.

Nous attrapons un tuk-tuk pour rejoindre la station de bus. Une fois sur place, tout va très vite. A peine arrivées, nous repérons un bus prêt à partir pour Tiruchirappalli. Pas le temps de réfléchir, nous montons. Et c’est parti pour 1h30 de bus dans un joyeux chaos organisé. Le bus est bondé, et bruyant, mais tellement vivant, haha. Adèle s’installe à côté d’une femme indienne adorable, Ségo partage son siège avec un couple, et Joséphine se retrouve près de deux femmes accompagnées d’un bébé… qui ne tarde pas à pleurer. Mais tout est compensé par les sourires du bébé, ouf. La voisine d’Adèle se révèle incroyablement gentille. Elle nous aide à comprendre notre itinéraire, nous indique quel bus prendre ensuite… et va même jusqu’à négocier pour nous une voiture privée pour notre prochaine étape à Kodaikanal. La gentillesse des indiens est indescriptible. C’est tellement dommage que le pays soit victime de nombreux préjugés.

Nous arrivons à Trichy. Grand carrefour commercial, routier et ferroviaire, c’est une ville fourmillante et bruyante. Elle est connue pour ses diamants artificiels, ses cigares, bracelets de verre et jouets en bois et argile. Nous souhaitons la visiter pour son fort qui surplombe la vieille ville mais surtout pour son sanctuaire situé sur l’îlot de Srirangam. Une cité agitée, à l’image de son glorieux passé. Tout le monde voulait s’emparer des lieux : les Chola d’abord, puis les Pallava, qui furent eux même évincés par les Pandyan. Par la suite, les Nayaks prirent le pouvoir et y installèrent leur capitales. D’autres succédèrent jusqu’aux Anglais et même Français.

Nous enchaînons avec un second bus direction Srirangam, situé sur une île entre la rivière Cauvery et le Kollidam. Le temple est une époustouflante preuve dont les hindous mélangent le profane et le sacré, leurs dieux (ici Vishnou) et leurs commerces en tout genre. L’édification de cet ensemble couvre plusieurs siècles. Il s’agit d’un temple de 63 hectares avec un périmètre de 3.5 km. C’est l’un des plus vastes complexes religieux du monde. Entamé au Xe siècle les derniers apports datent du XXe siècle. Il existe 3 entrées et 7 enceintes. En pénétrant dans les lieux nous sommes époustouflés par la beauté et la richesse des détails. Nous devons passer par plusieurs grandes portes ornementales sculptées aux multiples couleurs. Il s’agit d’énormes opuram dont le principal est haut de 73 mètres.

À l’intérieur du temple, tout se mélange. Des fidèles en prière, des familles qui mangent, des hommes qui lisent le journal, d’autres qui dorment à même le sol. Des boutiques, des mendiants, des maisons de Brahmanes… C’est une véritable ville, vivante, loin de l’image que l’on peut avoir des lieux religieux. Nous passons des heures à déambuler entre les colonnes sculptées, les mandapas, les petits sanctuaires.

Comme la veille, impossible de passer inaperçues. Les groupes d’indiens nous sollicitent pour des photos. On pose, encore et encore. C’est toujours un moment chargé d’émotions. Nous tombons sur un groupe de femmes autour d’une étrange sculpture au sol. Il s’agit en réalité de 2 traces de pied et 5 trous pour les doigts (main droite car la gauche est considérée comme impure. Les indiens mangent avec la main droite). C’est dans cette position en se penchant vers la gauche, quelles regardent la porte du paradis.

Nous continuons la visite et tombons sur un gopuram blanc , le seul ne pas avoir été peint. Il est assez impressionnant et contraste avec l’ensemble. Nous prenons le temps de nous poser, de l’observer. Un peu plus loin, une petite dame nous explique des sculptures incroyables : des chevaux combattant des tigres (symbolisant les conflits avec les musulmans), des personnages européens…

Nous nous dirigeons vers la sortie ou se trouve le viewpoint lorsqu’un homme surgit. Il nous demande d’où l’on vient, si l’on a envie d’une visite. Malgré notre refus, il persiste à nous poser des questions et veut savoir si nous sommes mariés. Nous le rembarrons avec fermeté mais ce dernier continue à nous suivre. Les nerfs commencent à monter. Lorsque nous arrivons devant les tickets nous demandons aux gérants de nous débarrasser de l’homme. Après une brève altercation, le gérant menace d’appeler la police s’il ne déguerpit pas. Pris de panique, l’homme quitte les lieux pour notre plus grand bonheur. Nous suivons donc le gardien des clés qui nous emmène sur cette terrasse. La vue est spectaculaire : les enceintes du temple, les gopuram, la ville qui s’étend autour…

A la fin de la visite, nous décidons de rejoindre à pied, le Amma Mandapam Place. La rivière Cauvery est l’un des fleuves sacrés de l’Inde au point qu’on l’appelle le « Gange du sud ». Les indiens viennent s’y purifier avant de se rendre au temple. L’endroit consiste en une sorte de bassin délimité par des barrières. C’est aussi un lieu où se pratiquent les rituels funéraires. Normalement, un éléphant est censé être présent pour bénir les pèlerins mais lors de notre visite, il n’y en avait pas. Par contre, nous voyons des stands de coiffure old school, et certains indiens sortent du bain ou lavant des vêtements. L’endroit est très sale, peu entretenu. De nombreuses personnes dorment à même le sol. Pour l’anecdote, il arrive que certains mariages soient célébrés avec un bananier. Lorsqu’un obstacle astrologique ou familial compromet une union, un premier mariage symbolique est organisé avec cet arbre afin de “déjouer” les influences négatives des astres.

Direction ensuite le Rock Fort. Cette forteresse créée par les Nayaks au XVIe siècle sur un piton rocheux haut de 83 mètres domine la ville et accueille deux petits temples hindous à son sommet. C’est assez spectaculaire car il semble perché sur un massif rocheux émergent de la plaine et venant dominer la vieille ville. C’est le point le plus haut de la ville. Il fut remaniée par les Anglais au XVIII e siècle. Pour rentrer, il faut enlever les chaussures et monter 437 marches (dont la dernière partie taillées directement dans le granit).

Nous traversons donc les voûtes de granits pour accéder au temple ou des dévots nous bénissent en nous mettant un point (cette fois ci blanc) sur le front. Les temples n’ont rien d’extraordinaire mais le manque de luminosité, les chauves-souris au plafond et l’ambiance religieuse donnent un véritable cachet au lieu. Au sommet, le temple dédié à Ganesh offre une vue incroyable sur toute la ville, les rizières, et au loin Srirangam. Nous nous posons, avec un coca bien frais, profitant de la lumière douce du soir.

En sortant du temple, nous tombons sur une boutique d’artisanat. Adèle et Ségo en profitent pour acheter deux sculptures de Ganesh et nous craquons toute pour un bracelet de cheville. En Inde, les femmes ont toutes ça. C’est très joli. En sortant, nous tombons sur une des rues principales de la ville très animée. Ça crie de partout, de multiples vendeurs de vêtements, d’encens, de nourritures, et des passants amusés par notre présence. Un véritable bazar.

Nous arrivons enfin à l’église Our Lady of Lourdes Church, Saint Joseph Collège. Fondée en 1883 par les jésuites c’est une jolie église en couleur a la façon hindoue. Les jésuites originaires de la région de Toulouse auraient apporté les plans de la Basilique supérieure de Lourdes (on cherche encore la ressemblance….). Il faut avouer qu’à l’intérieur, c’est très très kitsch et rose… Les saints sont vêtus de vêtements traditionnels indiens. C’est drôle. Dehors, une fausse grotte des apparitions.

Nous prenons un tuktuk pour rejoindre un bus direction Thanjavur ou nous retrouvons Hugo pour un restaurant indien. Grosse journée mais forte culturellement parlant. Nous mangeons dans un très bon restaurant : Biryani, poulet aux épices, riz aux cacahuètes… Miam. Sur le chemin du retour, nous tombons sur un petit veau trop mignon. Séance câlins. Au dodo


Infos pratiques :

Transport :
Visites :

Jour 03 :

Aujourd’hui levés vers 08h. Ce matin, direction la ville de Kumbakonam qui est connue pour ses nombreux temples, sa soie et ses objets en cuivre. On monte dans le bus. Enfin… on essaie. Il est plein à craquer, littéralement compressés les uns contre les autres. Ça pousse, ça crie, ça klaxonne dans tous les sens. Le chauffeur roule vite, très vite, comme si la route lui appartenait. Et bien sûr, concert de klaxons en continu. Bienvenue en Inde. Par miracle, on est assis. Petit luxe non négligeable. Le trajet dure un peu plus d’une heure, pas franchement agréable, mais… c’est le jeu.

Après une bonne heure de trajet, on arrive juste à côté du temple Airavatesvara, classé à l’UNESCO. Et là, changement d’ambiance. Le lieu est magnifique, paisible, parfaitement conservé. Ce temple construit par Ranjara Chola au XIIIe siècle et dédié à Shiva. Le complexe d’architecture dravidienne est bien conservé. Il possède un bassin sacré connecté avec la rivière.

Dès l’entrée, un guide nous aborde. Pas insistant, plutôt drôle, bon feeling. On accepte. Et franchement, on a bien fait.

Très vite, la visite prend une toute autre dimension. Là où, jusque-là, on regardait les temples sans vraiment les comprendre, tout commence à s’éclairer. Le guide nous explique simplement les bases de l’hindouisme, et tout devient beaucoup plus lisible. Shiva est le destructeur, toujours associé à son taureau, Brahmâ le créateur avec le cygne, et Vishnu le protecteur, lié à l’aigle. Il nous donne même un moyen mémo assez malin : GOD, comme Generator pour Brahmâ, Organizer pour Vishnu et Destroyer pour Shiva. Simple, clair, efficace.

On découvre aussi que chacun a son épouse, avec des rôles bien précis. Parvati, la femme de Shiva, représente la santé et l’énergie, tandis que Lakshmi, l’épouse de Vishnu, est associée à la richesse et à la prospérité. Enfin Saraswati, la femme de Brahmâ, symbolise le savoir, les arts et la sagesse. Petit à petit, tout s’imbrique : les symboles, les postures, les animaux, les représentations. Ce qui semblait décoratif devient soudainement chargé de sens.

Et surtout, le guide attire notre attention sur des détails qu’on n’aurait absolument jamais remarqués seuls. Il nous montre une sorte de “manager” de Shiva, une figure chargée de surveiller les temples et de vérifier que personne n’a rien volé ou abîmé. À la fin de la visite, les fidèles passent leurs mains devant lui comme pour prouver leur honnêteté. Il nous fait aussi observer des personnages sculptés en pleine danse, en train de faire des cabrioles, joyeux,. Shiva aurait des sortes de divertisseurs qui sont sculptés sur les bas reliefs du temple. Il nous explique ces sculptures étonnantes avec quatre jambes, pensées pour jouer avec les perspectives et donner une impression de mouvement selon l’angle de vue.

Et puis, il y a ce moment un peu absurde, mais mémorable, où il nous explique comment distinguer un animal mâle d’un animal femelle dans les sculptures. Il suffit… de regarder ses testicules derrière. Ben,oui, évidemment. Ça coule de source. Voilà. Aussi simple que ça. haha.

Puis il enchaîne avec une histoire qu’on retient immédiatement. Un dévot de Shiva n’a qu’une seule mangue à offrir aux deux fils de Shiva et Parvati, Ganesh et Muruga. Impossible de partager. Alors il organise une course . Le premier qui fait le tour du monde remporte la mangue. Muruga part aussitôt, rapide sur son paon, prêt à faire le tour du monde sans hésiter. Ganesh, lui, avec sa petite souris, sait très bien qu’il ne pourra pas rivaliser. Alors il réfléchit. Et au lieu de partir, il fait simplement le tour de ses parents, considérant qu’ils sont eux-mêmes le monde. Il gagne la mangue.

Le guide enchaîne ensuite avec des anecdotes historiques, mais aussi avec des remarques un peu plus… orientées. Il évoque une époque où, selon lui, tout fonctionnait mieux : les relations entre les hommes et les femmes, le respect des traditions, le savoir-faire des artisans. On sent poindre un discours assez nostalgique, politique par moments, qui reflète certaines visions très présentes dans l’Inde actuelle. Ce sentiment assez réactionnaire est l’un des ressorts sur lequel s’appuie le parti de BJP

Mais au-delà de ça, il nous partage aussi une multitude de détails fascinants qui donnent une toute autre lecture du lieu. Il nous montre, par exemple, une petite représentation de Bouddha sculptée dans le temple, preuve de la tolérance religieuse à l’époque. Il nous explique que Shiva n’est pas toujours représenté sous forme humaine, mais peut aussi apparaître sous la forme d’un lingam, ce cylindre noir symbolique que l’on retrouve dans de nombreux sanctuaires.

On apprend également que certains fidèles, hommes comme femmes, se rasent la tête en offrande aux dieux. La poudre blanche appliquée sur le front dans les temples de Shiva représente les cendres de la mort, un rappel que nous sommes tous égaux face à notre fin. À l’inverse, la poudre rouge est associée à la santé et à Parvati, symbole de vie et d’énergie. En sortant de là, on a enfin l’impression de ne plus seulement regarder, mais de comprendre ce que l’on voit.

Après la visite, le guide nous propose de découvrir un atelier de tissage de soie. On le suit, sans trop savoir à quoi s’attendre. Et en fait… on se retrouve littéralement chez quelqu’un. Une femme nous accueille et nous montre un vieux métier à tisser, installé dans une pièce sombre. Les gestes sont précis, répétés à l’infini, mécaniques. Elle enchaîne les mouvements avec une facilité déconcertante. Le tissu prend forme sous nos yeux, fil après fil. On sent que le savoir-faire est là, transmis depuis des générations. Mais on comprend aussi très vite pourquoi on est là. La démonstration se termine… et les tissus apparaissent. On regarde, on hésite… et forcément, on repart avec quelques pièces. Difficile de résister après avoir vu tout le travail derrière.

On enchaîne ensuite avec une école de fonderie de bronze. Un artisan nous explique la technique de la cire perdue, avec passion. Le processus est long, minutieux. Il nous propose d’essayer. Et là… Joséphine se lance dans un éléphant, du moins, c’était l’idée de départ. Ségo et Adèle tentent une main ou quelque chose qui s’en rapproche vaguement. Hugo, lui, part sur une tête de cochon… étonnamment la plus réussie du groupe. Un mélange de formes improbables et un fou rire général.

Évidemment, comme toujours, la visite se termine dans une boutique. Et comme souvent… ça fonctionne. Ségo craque pour une statue représentant une divinité mi-Shiva mi-Parvati.

Entre 12h et 16h, les temples ferment. Impossible de lutter contre le rythme local. On se pose dans un café. On commande des sodas, des cafés, des glaces. Et on lance une partie de yams.

On continue vers le Sarangapani Temple, dédié à Vishnu. Il est impressionnant car son gopuram culmine à 53 mètres de haut et est le plus haut de la ville. Dans l’hindouisme, il est considéré comme le 3e temple vishnouite le plus important après le Srirangam de Tiruchirappally et celui de Tirupati. A l’intérieur, on observe un immense char sculpté dans la pierre tiré par des éléphants et des chevaux.

Puis le Someswar Temple. Plus discret, plus ancien aussi. Sa particularité est qu’il date du XIIIe siècle, et est dédié à Shiva. Il comporte des sculptures érotiques au premier étage de son gopuram. Au fil des visites, on remarque des gestes que les fidèles répètent. Certains attrapent leurs oreilles en croisant les bras, d’autres plient les genoux plusieurs fois, d’autres encore se tapent la tête avec les poings. On finit par demander. Un homme nous explique que ces mouvements servent à stimuler le corps et l’esprit, comme une préparation à la prière. Une façon de se recentrer avant de s’adresser aux dieux.

Enfin, nous nous rendons au dernier temple de la journée, dédié à Vishnou. Par chance, nous tombons sur une cérémonie religieuse qui impressionne de par sa solennité. Des musiciens font du tambour, de la trompette, et de la cloche à l’entrée. Dans la salle, le drap qui cache habillement la divinité est écartée et des bougies entourées de miroirs scintillants sont allumées tout autour de la divinité. On a vraiment l’impression d’avoir affaire à une apparition. Pendant ce temps, les fidèles prient et le prêtre entame un magnifique chant en l’honneur de la divinité. Au bout de quelques minutes, chacun peut recevoir la bénédiction : un premier prêtre s’approche avec un bougeoir allumé, et les fidèles prennent les flammes pour les mettre sur leur visage. Le deuxième prêtre, lui vient et impose le point de cendre sur le front.

On rejoint la station de bus. La fatigue tombe d’un coup. Mais cette fois, on a des places assises. On regarde défiler la route, un peu silencieux, encore plongés dans tout ce qu’on vient de vivre. Nous décidons de retourner au même restaurant qu’hier soir.


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